47 noeuds !

47 noeuds !

Le clou du spectacle, un bord de folie, un truc de fou, une immense joie, une expérience folle et absolument géniale, comment décrire le plus fidèlement ma dernière sortie sur le trimaran MACIF de François Gabart ? A bord, un invité de taille : James Spithill, un des plus grands marins de tous les temps, double vainqueur de la Coupe de l’America. Il y a aussi Pascal Bidégorry et Yann Riou qui étaient à bord avec moi sur The Bridge et que l’on ne présente plus, et Emilien Lavigne, en charge des pilotes automatique dans l’équipe, complète l’équipage pour ces 36 heures en mer dans le Golfe de Gascogne. 
Nous serons rejoints le lendemain par mon ami Philippe Presti, qui coache Jimmy sur la Coupe de l’America, un grand bonhomme également ! Il y a peu de vent, on arrive à voler face à la houle en bordure de plateau continental par 12 noeuds de vent, à 3 fois la vitesse du vent… Puis on empanne devant Belle Ile à la tombée de la nuit, je relève Jimmy à la barre, le vent rentre sous les orages, on enclenche le pilote auto… La suite, c’est un bord à 40 noeuds de moyenne vers l’Espagne, sous les éclairs zébrant la nuit noire, une pointe a 47,15 noeuds, un quart d’heure à 43 noeuds ! 
Ce trimaran aux ailes toutes neuves est clairement passé à une nouvelle dimension, Jimmy n’en croit pas ses yeux, François gère (comme d’hab !) et nous on gère les écoutes, on tourne les colonnes de moulins à café, on essaye des réglages de foils différents toute la nuit : « un peu plus d’angle de foil ; de safran, qu’en penses-tu Jimmy ca vole mieux non ? On a encore accéléré tu trouves pas ? » Bon et à un moment, en pleine discussion sur ses souvenirs de la coupe, quand le bateau s’était un peu calmé, je lui lance : « t’as vu Jimmy, c’est pépère on discute à 38 noeuds sous pilote… » Clairement, il n’a jamais vu ca, et moi non plus ! Mais que c’est bon d’être entouré de personnes comme eux !

Il arrive !

Il arrive !

Il arrive notre champion François Gabart ! 
Demain, rdv à Brest pour faire une ovation générale à notre « king of the planet » 
Hopla ! Un petit tour autour de la planète, une jolie fessée au record et le second temps de l’histoire de l’humanité autour de la planète toutes catégories confondues… Ca en dit long sur sa motivation ! Il aura mis 2 jours de moins que l’équipage de Banque Populaire qui, avec 14 hommes à bord et 10 mètres de plus que MACIF, détenait le record jusqu’à l’an dernier… Et seulement 2 de plus que les 6 hommes du roc qu’est Francis Joyon… C’est juste absolument énorme !!! Et tout ça, évidemment, toujours avec le sourire…. 
Ah ! Ce qu’il est fort ce François, il va falloir aller l’applaudir demain à l’aurore à Brest ! Là, il doit se sentir comme une bouteille de champagne que l’on commence à déboucher, sur le point d’exploser – de joie, de fatigue – après tant d’attente… Les alarmes sonnent, il est toujours sur le fil, il regarde devant, comme toujours, en veille permanente, il mouline encore quelques centaines de tours de winchs, il checke ses polaires, impatient d’arrêter le chrono à un chiffre qui en fera pâlir plus d’un. Prêt à déclencher son dernier empannage qui l’emmènera à vue du phare d’Ouessant… Pas question de lâcher un centimètres à ses prochains adversaires… 
Allez François, on est tous avec toi ! Encore 200 milles et ce sera le champagne, on sera là pour te porter sur le podium si tes jambes ne te portent plus ! Tu dois être vermoulu, mais ton regard, ton sourire et ta bienveillance, eux, ils seront là, c’est sûr. T’es un king, t’es un champion, t’es juste un exemple, un puit de motivation pour nous tous qui marchons dans tes pas. Alors fonce, comme la première minute, et savoure ce qui te reste à vivre de cette ascension express du plus haut sommet vélique du monde. 
Allez, en route pour Brest, and let the show begin ! Venez nombreux !

Quel talent, non mais quel talent !!

Quel talent, non mais quel talent !!

François est parti il y a seulement 11j, et il devrait franchir le Cap de Bonne Espérance déjà demain… C’est dans les temps du record absolu en équipage, sauf que lui, il le fait en solo… Il vient de battre exploser le record des 24h en solo en réalisant, me semble t-il, le second temps toutes catégories confondues équipage compris… C’est totalement étourdissant, franchement incroyable, mais pas franchement inattendu. 
Ce gars-là il prend la première fenêtre météo qui s’ouvre, il part sans trompette ni troubadour, commence par traverser le Gascogne à 36 noeuds de moyenne et arrive à transformer une fenêtre météo « bonne » en une opportunité exceptionnelle. Et oui, « la chance sourit aux audacieux » dit l’adage, et cet homme en est l’expression humaine la plus parfaite. Il navigue comme personne ne l’avait encore jamais fait, en étourdissant les compteurs avec le sourire et le pouce en l’air. 
Cet homme quand tu le vois il a son objectif devant les yeux en permanence et on dirait que rien ne pourra l’en écarter. Pas de doute, pas de superflu, pas d’état d’âme. Il joue un métier d’équilibriste qui lui demande 3000 tours de manivelles / jour, de dormir à 40 noeuds dans un train sans rail dans une jungle humide, mais pour lui c’est naturel. Il faut réparer la galette de J1 ou la latte de GV ? Qu’à cela ne tienne, il le fait immédiatement sans attendre ni se faire des noeuds au cerveau. Bon, sans GV il avance quand même encore à 28 noeuds de moyenne hein ! Faut pas croire ! 
On ne se rend pas bien compte de la dureté de son entreprise depuis nos écrans d’ordinateur. Quand vous le voyez border ses voiles (et que vous l’avez fait à sa place avant) vous ne pouvez qu’être impressionné par sa détermination, il ne fait aucune concession à la performance. Le confort n’existe pas. Le chrono, lui, tourne et il court après, ou plutôt il lui montre la voie, simplement, avec pour seule arrogance son incroyable niveau de performance.  
Et en plus, croyez moi, c’est un mec en or à terre comme en mer. Il a réuni autour de lui une constellation de personnes du même métal. Une super équipe comme on en croise rarement, discrète, efficace et soudée. Moi, il m’a donné la chance de ma vie de venir l’équiper sur The Bridge, je n’oublierai jamais ! Je suis tellement chanceux de pouvoir très humblement l’aider à bâtir son édifice de ma petite pierre. 
Mais surtout, c’est un immense bonheur de le voir cavaler à toute allure dans les mers du sud sur son superbe oiseau et je ne souhaite qu’une chose, c’est que son capital chance reste au même niveau jusqu’à la fin de son tour du monde qui risque bien de boucler en 45 jours… C’est mon pronostic qui n’engage que moi, mais il en est capable, il a déjà 2 jours d’avance au bout du premier tiers pardi !  
Bref, c’est pas pour rien que je le suis à la trace depuis que j’ai 8 ans. Lui qui m’avait prêté ses bouquins d’architecture navale avant mon bac et qui m’a décidé à faire des études d’ingénieur pour naviguer. J’ai une chance inouïe de pouvoir naviguer avec lui, car c’est tellement lucide que ça en devient facile.  
Un mec en or assurément. En or « macif », évidemment.

Retour sur The Bridge : Quel bonheur !

Retour sur The Bridge : Quel bonheur !

Voici une quinzaine de jours que nous avons touché terre, et j’ai à coeur de vous faire un petit débriefing de cette superbe expérience qu’a été « The Bridge », avant de continuer sur la suite… 
Commençons par la fin : Quel plaisir, quel bonheur de franchir la ligne d’arrivée en tête de la course, aux côtés de François Gabart et de son équipage et devant des monstres de la course au large que sont Messieurs Coville, Joyon et Le Blevec. Quelle joie de se taper dans la main avec mes camarades de traversée, qui sont tous différents, mais sacrément top. On a passé un moment assez exceptionnel tous les 6, beaucoup de compétences, évidemment, beaucoup de respect et de bienveillance aussi. J’ai adoré traverser cet océan Atlantique Nord en équipage. C’est génial de partager son quart avec d’autres personnes, de regarder les différentes options météo avec François, d’échanger sur les réglages du bateau avec Pascal, de scier le tube qui grinçait dans le cockpit avec Antoine, de ferler l’immense voile d’avant dans son sac en plein déluge avec Guillaume et de se faire réveiller par la douce voix de Yann ! C’est quand même moins stressant de savoir que les gars en haut gèrent le bateau pendant que l’on dort en bas… Bon d’accord quand ça va a plus de 35 noeuds la coque centrale hors de l’eau c’est quand même assez impressionnant là-dedans. Il fait tout noir dans le « PDD », le fameux puit de dérive où nous dormions sur nos sacs à billes « super confort », et à fond les ballons, ça secoue, ça rugit, ça devient silencieux quand la coque sort de l’eau, la dérive siffle doucement, les winchs font des déflagrations quand on choque les écoutes avec 6 tonnes de tension… Je me faisais la réflexion que ça ressemblait étrangement aux bruits et mouvements que pourrait faire le métro lancé à fond dans son tunnel les portes ouvertes (et sans l’éclairage)… Il faut se cramponner et éviter les coins agressifs qui peuvent nous blesser ! Mais avec les protections de Forward WIP, ça fait beaucoup moins mal les chocs ! ;p 
J’ai adoré les heures de barre, parfois dans la douceur, à garder le bateau en équilibre au-dessus de l’eau dans un vent stable, mer plate et sous la grande lune ; parfois rock-n-roll dans les vagues courtes du coup de vent de la veille de l’arrivée où les vagues éclataient pour nous passer dessus. Un des équipiers qui tourne les manivelles pour régler le bateau : « Un peu plus de chariot, un peu moins d’écoute, et si on ajoutait un peu d’incidence au foil ? » Pas mal de discussions, d’essais, de retours de sensations partagés en équipe. 
Le trimaran MACIF est un bateau magique, sécurisant, bien né. On a le temps de réfléchir à comment il se comporte, et comment l’améliorer, le faire voler de manière durable, plus rapidement. Comme nous avons presque tout fait au près, nous avons dû passer de système en système et, ce qui est assez dingo, c’est que les performances du bateau nous permettent de choisir quelle météo nous voulons, en quelque sorte. Il est assez facile de choisir sa position de passage d’une dorsale anticyclonique où la pétole sévit et le bateau s’arrête. François a passé le plus clair de sa traversée à faire des routages, à se creuser la tête sur la météo, et le voir à l’oeuvre a été hyper instructif. C’est vraiment un jeu d’échec géant avec des formules Un des mers ! Nos concurrents nous ont parfois surpris mais c’était super passionnant. Au final, les 11 heures 30 minutes d’écart avec le second – IDEC Sport – ne représentent pas bien l’intensité de la bataille pendant la traversée. Car dans les faits, l’écart avec eux a longtemps été de moins de 50 milles, ce qui représente moins d’une heure et demi lancé à plus de 35 noeuds… Une broutille quand on sait que le premier qui sort de la pétole (dont les prévisions ne sont pas toujours fiables) va partir à 30 noeuds quand les autres resterons collés à 3 noeuds jusqu’à ce qu’ils touchent du vent… Et c’est ce qui s’est passé sur le dernier passage de dorsale, où nous nous sommes envolés vers la victoire à New York ! 
Mais 8 jours pour traverser l’Atlantique, c’est quand même pas mal, surtout au près… Arriver sous le pont de Verrazano, devant la statue de la Liberté et longer Manhattan, avec ces dizaines de bateaux, d’hélicoptère et de gratte-ciels, ça avait l’air d’une hallucination après ces 8 jours à traverser la grande bleue ! Ca avait de la gueule, même si l’énorme paquebot est arrivé avant nous ! 
J’ai été étonné par la quantité de vie que l’on a croisé sur cette route Nord. Oiseaux, poissons, mammifères nageants dans les eaux tour à tour chaudes du Gulf Stream et glaciales du Labrador. J’ai été impressionné par la différence entre ces deux systèmes, tropical pour l’un et polaire pour l’autre. Du coup ça fait des gros bancs de brumes épais qui mouillent les lunettes, et qui ont des effets assez impressionnants sur le vent : à deux reprises des bascules immédiates de 100 degrés du vent, le bateau qui prend à contre, le flotteur sous le vent qui sort de l’eau… Le bateau qui part en marche arrière et le bazar pour se remettre en route ! La nuit à la barre, croyez-moi ça fait bizarre quand on n’est pas prévenu ! 
Et on ne peut passer sous silence le formidable travail de l’équipe technique qui nous a mis entre les mains un bateau préparé aux petits oignons, dans la bonne humeur de cette super team. Je suis très fier de faire partie de la famille et j’ai hâte de les retrouver pour la suite des aventures ! François va s’attaquer au record du tour du monde en solitaire cet hiver… Sacré challenge, j’espère pouvoir l’aider dans sa préparation à sa conquête en donnant des pistes d’amélioration du bateau. 
En tout cas j’ai la chance de remporter une nouvelle victoire sur ma seconde traversée de l’Atlantique, quel bonheur !! Espérons que ça continue de la sorte ! J’ai hâte de remettre ça, c’était vraiment le pied ! 
Merci François, merci les gars, merci MACIF !!! 
Benoit

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Flash Info : Victoire du trimaran Macif sur The Bridge !

Flash Info : Victoire du trimaran Macif sur The Bridge !

Le trimaran MACIF skippé par François Gabart et composé de 5 équipiers (Benoit Marie, Pascal Bidégorry, Yann Riou, Antoine Gautier et Guillaume Combescure) a remporté ce lundi la course The Bridge 2017 !
C’est au terme de 8 jours 31 minutes et 20 secondes de course que la ‘dream team’ a coupé la ligne devant New York, un moment d’émotion unique en passant le pont de Verrazano puis en longeant la statue de la Liberté puis Manhattan.
Pour retrouver le communiqué de presse officiel ainsi que la vidéo de cette arrivée d’exception, rendez-vous sur le site officiel MACIF Course au large